L’obligation alimentaire envers un ascendant en maison de retraite ne repose sur aucun barème national uniforme. Chaque conseil départemental applique ses propres grilles de calcul lorsqu’une demande d’aide sociale à l’hébergement (ASH) est déposée, et le juge aux affaires familiales dispose d’une large marge d’appréciation en cas de litige. Cette absence de référentiel unique génère des écarts significatifs d’un territoire à l’autre, parfois pour des situations familiales comparables.
Obligation alimentaire et ASH : ce que la loi du 8 avril 2024 a changé
La loi n° 2024-317 du 8 avril 2024, dite loi « Bien vieillir », a modifié l’article L.132-6 du Code de l’action sociale et des familles sur un point précis. Les petits-enfants sont désormais dispensés de l’obligation alimentaire déclenchée par une demande d’ASH, et cette dispense s’étend à leurs propres descendants.
Concrètement, pour toute décision d’ASH prise à compter du 10 avril 2024, les conseils départementaux ne peuvent plus appeler les petits-enfants à contribuer au financement de l’EHPAD de leurs grands-parents via l’aide sociale. Hors du cadre de l’ASH, l’obligation alimentaire des petits-enfants demeure théoriquement possible sur le fondement du Code civil, mais elle est très rarement mise en œuvre en pratique.
Cette modification a un impact direct sur le calcul de la répartition : les départements qui sollicitaient auparavant trois générations doivent désormais concentrer l’effort financier sur les seuls enfants et, dans certains cas, les gendres et belles-filles du résident.

Ressources, charges, capacité contributive : les critères retenus pour le calcul
Le montant de l’obligation alimentaire dépend de la capacité contributive de chaque obligé. Ce terme recouvre l’écart entre les ressources disponibles et les charges incompressibles du foyer. Ni le Code civil ni le Code de l’action sociale ne fournissent de formule arithmétique figée.
Ce que les départements et le juge examinent
- Les revenus du foyer de l’obligé : salaires, pensions, revenus fonciers, revenus de capitaux mobiliers. Certains départements intègrent aussi les avantages en nature
- Les charges fixes : loyer ou remboursement de prêt immobilier, impôts, pensions alimentaires déjà versées pour des enfants, frais de scolarité, assurance santé complémentaire
- La composition du foyer : nombre d’enfants à charge, présence d’un conjoint sans activité ou à revenus modestes, situation de handicap d’un membre du foyer
- Le « reste à vivre » : la plupart des barèmes départementaux prévoient qu’un minimum doit être conservé par l’obligé après déduction de sa contribution, souvent indexé sur le SMIC ou le minimum vieillesse
Le patrimoine immobilier ou financier de l’obligé peut aussi être pris en compte, mais les pratiques divergent. Certains départements ne retiennent que les revenus courants, d’autres intègrent une fraction du patrimoine dans l’assiette de calcul.
Pourquoi les barèmes varient d’un département à l’autre
Chaque conseil départemental fixe son propre barème indicatif dans le cadre du règlement départemental d’aide sociale. Ces grilles définissent des pourcentages de participation appliqués à la capacité contributive nette, mais elles n’ont pas de valeur contraignante pour le juge aux affaires familiales.
Un obligé alimentaire peut donc se voir réclamer une somme par le département au titre de l’ASH, puis obtenir un montant différent (à la hausse ou à la baisse) s’il saisit le tribunal. Les retours terrain divergent sur ce point : dans certaines juridictions, le juge s’appuie largement sur le barème départemental ; dans d’autres, il procède à une évaluation autonome.
Fixation du montant : accord amiable ou décision du juge
La participation des obligés alimentaires peut être déterminée de deux façons. La voie amiable reste privilégiée en première intention : les membres de la famille s’accordent sur la répartition, en tenant compte des ressources respectives de chacun. Le département valide ensuite cette répartition dans le cadre de l’instruction de la demande d’ASH.
En cas de désaccord entre les enfants, ou entre la famille et le département, le juge aux affaires familiales tranche. Il examine les justificatifs de revenus et de charges de chaque obligé, puis fixe un montant individualisé. Le juge n’est pas lié par le barème du département et peut s’en écarter si la situation le justifie.
Un point souvent méconnu : la contribution fixée n’est pas définitive. Tout changement de situation (perte d’emploi, divorce, naissance, retraite) permet de demander une révision, soit auprès du département, soit devant le juge.
Obligation alimentaire en EHPAD : la distinction entre ASH et hors ASH
Toutes les situations ne passent pas par l’aide sociale à l’hébergement. Lorsque le résident ne demande pas l’ASH mais ne peut pas non plus régler l’intégralité de ses frais, l’établissement peut se tourner vers les enfants sur le fondement direct de l’article 205 du Code civil.
Dans ce cas, il n’y a pas d’intervention du département ni de barème administratif. C’est le juge qui fixe le montant si la famille ne trouve pas d’accord. Les critères restent les mêmes (ressources, charges, reste à vivre), mais la procédure diffère.

L’ASH ouvre droit à une prise en charge par le département du solde non couvert par les revenus du résident et la participation des obligés. Hors ASH, ce filet de sécurité n’existe pas : la famille supporte directement l’écart entre les revenus du parent et le coût de l’hébergement.
Déduction fiscale de la participation versée
Les sommes versées au titre de l’obligation alimentaire envers un ascendant sont déductibles du revenu imposable de l’obligé, sans plafond spécifique, à condition de pouvoir justifier la réalité des versements et l’état de besoin du bénéficiaire. Le parent hébergé doit en contrepartie déclarer ces sommes comme revenus.
Cette déductibilité réduit le coût réel de la contribution pour les foyers imposables. Un obligé dont le taux marginal d’imposition est élevé voit sa charge nette diminuer sensiblement après déduction. Ce mécanisme fiscal est parfois sous-estimé lors des négociations familiales.
L’absence de barème national pour le calcul de l’obligation alimentaire laisse une part d’incertitude aux familles. Les données disponibles ne permettent pas de dégager un montant « type » : tout dépend du département, de la composition familiale et du niveau de ressources de chaque obligé. Consulter le règlement départemental d’aide sociale du conseil départemental concerné reste le point de départ le plus fiable avant toute négociation ou saisine du juge.

