Ne cherchez pas la simplicité derrière le mot « grand-père » : il recouvre, selon les terres, les langues et les croyances, des réalités insoupçonnées. Dans certaines cultures d’Afrique de l’Ouest, un terme apparemment simple comme « grand-père » peut désigner un oncle paternel, un ancêtre ou un mentor religieux, selon le contexte et la langue employée. En arabe classique, le mot utilisé n’a pas toujours la même portée symbolique ni la même charge affective que dans la tradition mandingue ou bambara.
Au Mali, la désignation des aînés s’inscrit dans un système de parenté complexe, qui structure les relations sociales et influence la transmission des savoirs. L’historiographie islamique, quant à elle, attache une importance particulière à la généalogie et aux titres honorifiques, façonnant l’usage de ces appellations à travers les siècles.
Pourquoi les noms de parenté occupent une place centrale dans de nombreuses cultures
Les noms de parenté ne se contentent pas d’indiquer une position au sein de la famille. Ils construisent les liens entre les individus, dessinent les contours de chaque communauté et donnent à chacun une place reconnue. La tradition familiale imprime sa marque : dans chaque société, la façon de nommer s’inscrit dans une mémoire collective et une volonté de prolonger l’héritage. Chez les peuples arabophones, choisir un nom, surtout celui de « grand-père », répond à des logiques qui excèdent largement le simple fait de désigner un parent par son rang.
Dans l’approche islamique, le nom incarne un legs, véhicule une symbolique forte et exprime l’appartenance. L’islam, envisagé comme un système de sens, façonne l’intériorité de chacun en s’appuyant sur la transmission des noms. L’individu se trouve rattaché à sa première cellule sociale, la famille élargie, par ce biais. Les plus anciens usages de ces appellations remontent à l’époque préislamique, où la filiation paternelle servait de pilier à la cohésion du groupe.
Voici quelques facettes qui expliquent l’importance de ces noms à travers l’histoire :
- Histoire : la manière de nommer s’appuie sur des pratiques transmises et consolidées au fil des générations.
- Religion : la généalogie et la transmission du nom occupent une place de choix dans la science islamique.
- Identité : aujourd’hui, la manière de se nommer traduit des enjeux de repositionnement identitaire, entre affirmation, détachement ou redéfinition de soi.
La place du nom révèle ainsi comment chaque peuple négocie la filiation, la continuité et l’individualité de ses membres. Au fil du temps, ces usages se sont adaptés pour tenir compte des bouleversements liés à la modernité ou aux mutations sociales. Les tensions qui peuvent parfois émerger trouvent écho dans les discussions sur la manière dont les noms, et particulièrement celui de « grand-père », sont transmis, choisis ou revendiqués.
Quelle est la signification précise du mot grand-père en arabe ?
Dans la langue arabe, le mot « jadd » (جد) désigne le grand-père et porte un poids bien particulier. Sa racine, héritée du fonds sémitique, traverse le temps et s’ancre dans les textes fondateurs, à commencer par le Coran. « Jadd » ne se limite pas à l’ascendant immédiat du père ou de la mère : il exprime davantage la notion de fondation, de transmission, de lignée. C’est un mot qui structure l’idée même de filiation dans la société arabe classique.
Les spécialistes de la science islamique font fréquemment référence au grand-père dans les domaines du droit, de la généalogie et du récit historique. Le Coran, parole fondatrice, mobilise le vocabulaire de la parenté pour asseoir la légitimité de la transmission, qu’elle soit spirituelle ou sociale. Dès le premier siècle de l’hégire, les juristes sont venus préciser le rôle du « jadd » dans le partage de l’héritage, la gestion des biens, ou encore la désignation des chefs tribaux.
L’historiographie arabe, appuyée par les recherches publiées par la Cambridge University Press ou menées à Paris comme à Bagdad, met en lumière l’ancienneté du terme « jadd ». Les manuscrits et les récits issus de l’époque du Prophète Mahomet montrent une remarquable continuité lexicale et une fonction identitaire persistante. À la croisée du sacré et du social, ce mot porte la mémoire. Son éventail de sens, ancêtre, fondateur, source, illustre toute la profondeur de la filiation dans la culture arabe.
Au Mali, le rôle des appellations familiales dans la transmission des valeurs
Au Mali, l’appellation familiale va bien au-delà d’un simple titre : elle façonne la société dans son ensemble. Le mot employé pour désigner le grand-père s’inscrit dans une logique de parenté où chaque terme raconte une histoire, porte la mémoire d’un groupe, et remplit une fonction sociale. Nommer, c’est affirmer ses origines, honorer la lignée, mais aussi perpétuer un socle de valeurs.
La famille élargie constitue le pilier central de la société malienne. Les enfants grandissent entourés d’un réseau dense : oncles, tantes, cousins, grands-parents. Chaque titre, chaque prénom, chaque surnom a son poids, oriente la place de chacun et modèle l’identité sociale dès le plus jeune âge. La figure du grand-père déborde largement le cercle domestique : elle porte la tradition orale, transmet les récits fondateurs et veille à la continuité des règles de vie.
La charia et le soufisme influencent profondément ces pratiques : la première, en donnant une structure à l’existence, la seconde, en valorisant l’épanouissement intérieur. Au carrefour de l’Afrique de l’Ouest et de l’islam, les sociétés maliennes cultivent ainsi une vision étendue de la famille, où le nom assoit l’appartenance. Les archives des premiers temps témoignent d’une rigueur dans le choix et la transmission des noms, perçus comme garants de légitimité et de continuité. La parole du grand-père, portée par son nom, devient alors l’un des axes majeurs de la transmission intergénérationnelle.
L’importance des noms dans l’historiographie islamique et leur portée culturelle
Dans l’historiographie arabe, le nom ne se réduit jamais à un simple marqueur de filiation. Il s’érige en véritable pilier de la mémoire collective. Les chroniqueurs du Moyen Âge ne contentaient pas de relater les hauts faits des dynasties : ils consignaient les généalogies, les titres, les lignages, tissant un récit où le nom fait autorité. La figure du grand-père joue ici un rôle central, incarnant la transmission familiale mais aussi le lien à la tradition.
La science islamique accorde une attention soutenue à cet aspect. Dans les recueils de hadiths, l’isnad, la chaîne de transmetteurs, s’appuie sur une succession de pères, de fils, de grands-pères. Cette nomination méticuleuse garantit la fiabilité du récit, confère au texte une force indiscutable. Les manuscrits préservés à Paris ou à Cambridge sont autant de témoins de cette préoccupation : chaque nom, chaque titre constitue une archive vivante, transmise de génération en génération.
Quelques points permettent de saisir la portée de cette tradition :
- La transmission du nom façonne le rapport à l’histoire et à l’autorité.
- La subjectivité musulmane, étudiée par Fethi Benslama, oscille entre respect de l’héritage et adaptation au monde contemporain.
- Les bouleversements liés à la modernité ont mis en lumière le rôle central du nom dans la redéfinition des identités.
Les débats actuels autour de la radicalisation ou du port du voile témoignent de cette quête de repères symboliques. Le nom agit alors comme un rempart, une balise dans la longue traversée de l’histoire, pour ne pas perdre pied dans le tumulte du présent.


